...Marche onirique ou l'arrivée d'Orphée .

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...Marche onirique ou l'arrivée d'Orphée .

Message par Orphee de le Sam 21 Jan 2017 - 3:31

Bon nombres de on-dits circulaient sur la grotte du Sanctuaire. L'on raconte que bien des individus avaient tenté leur chance . Certains avaient réussi avec aisance . Beaucoups s'étaient perdus et , après avoir errer des jours durant dans la montagne , finirent par abandonner.Certains avaient disparus. La légende dit aussi que l'Antre vous renvoie vos pires craintes , à vos peurs les plus effrayantes , à vos terreurs les plus terribles. Voir , c'est savoir. Vouloir , c'est pouvoir. Oser , c'est avoir . Il était venu le temps d'en avoir le coeur net .
Contrairement à mes habitudes , j'avais choisi de voyager en journée . Les montagnes du Nekyochorio me paraissaient moins périlleuses à la lumière du jour. Ainsi je quittais Paramithia à l'Aube et m'engagerais sur ce qui ressemblait à un. Chemin de pâture , plus empreinter pour les chèvres et les brebis que par des humains. Bordés d'arbres morts , il arpentait les flancs de la montagne. , en direction du Nord jusqu'à disparaitre dans les chaos du lointain . Les histoires anciennes disaient vraies. Il s'agissait d'un sentier oublié , abandonné et grisâtre. Totalement isolé , il y régnait un silence de mort , une atmosphère propice à la méditation , au recueillement , à l'inspiration.Aussi pas après pas , j'avançais. Durant de longues heures, je marchais dans une complète solitude. Je m'occupais l'esprit en répétant des accords de musique , tout en gardant un œil sur le parcours afin de ne pas faire de faux-pas. Par certains endroits , la piste fleurtait avec des ravins à pics , des précipices vertigineux. Parfois , sans crier garde , d'énormes rochers se détachaient des corniches me surplombant , tombaient le long de la parole Rocheuses , manquant de peu de m'entraîner dans leurs chutes.Et le silence revenait aussitôt.
Les heures s'écoulèrent. Le soleil passa son zénith .Cette randonnée fut aussi longue qu'eprouvante. Heureusement , il fit beau temps . Pareil périple pour la tempête ne m'aurait valu qu'une place pour le tribunal de. Minos , non pas comme serviteur mais comme client . L'effort finit , enfin , par être récompensé . J'arrivais à destination un peu avant le crépuscule . La pénombre , la nuit , la lueure de la Lune , mes fidèles alliés , prirent vite possession des lieux . Tel que me l'avait rapporter certains témoignages , le chemin se terminait dans une impasse , devant une falaise abrupte . L'entrée cachée de la grotte se trouvait exactement , tel qu'il avait été dit , dissimulee par un epais Bousquet , à quelques mètres au dessus moi. J'avais réussi . Le danger se trouvait derrière moi . Le corps fatigué , affamé , mais l'âme emplie d'enthousiasme et d'allégresse , j'entrais en transe. J'attrapais ma Lyre et signala ma présence par ce poème :

O Juges , Oracles , Chefs des Enfers
Recevez donc ces quelques vers .
Cette seranade sinistre , cette prière ,
Vit le jour dans ce désert de pierre .
Sonnes ! Sonnes ! Résonnes belle mélodie !
Sonnes ! Sonnes ! Résonnes douce symphonies !
Chantes ! Chantes pour sa majesté Hadès !
Chantes à son altesse une ode lugubre !
Sonnes dans ces Enfers ! Sonnes jusqu'au Tartare !
Sonnes sonate macabre ! Sonnes o mais cithare !
Chantes ! Chantes pour sa majesté Hadès !
Chantes pour son altesse , une poésie funèbre !
Vibrez ! Cordes de ma harpe pour ces âmes en peine ...

Ces paroles carillonnerent dans toute la vallée . Puis le calme et le silence revinrent. La lumière était complètement tomber. L'endroit était désert. La Lune était noire .J'étais seul. Ni gardes, ni chevaliers ne gardaient l'antre. Sans plus attendre , je me mis à escalader la falaise jusqu'à l'ouverture  , dissimulée par des broussailles , et y pénétra.
Depuis l'Aube des temps, ma lignée arbore l'emblème du chat noir. Car tel les félins , nous sommes des prédateurs nocturnes. Nyctalopes , nous voyons aussi bien de jour que de nuit. Aussi traverser les ténèbres est , pour nous , un jeux d'enfants. J'avançais à pas furtif dans une sorte de tunnel aussi haut que large. J'évoluais ainsi sur des dizaines de mètres jusqu'à ne plus distinguer l'entrée et le monde extérieur . Puis le sol déclina rapidement en une pente douce qui semblait s'enfoncer dans les entrailles de la terre. Le plafond de la galerie , lui , s'ouvrit sur un vaste espace . J'étais arriver dans une immense cavité souterraine , nichée au coeur de la montagne .
J'en franchi le seuil et y fit quelques pas , quand tout à coup, un son vint rompre le silence. Puis un nouveau son , et un autre encore . Des accords de musique se faisaient entendre dans le noir.  Quelqu'un jouait une mélopee triste et langoureuse. Je ressenti alors les effets d'une fatigue soudaine. Mes paupières subissaient les premiers assauts d'un sommeil sournois. Pourtant quelque-chose me dérangeait. Ces sons me paraissaient familiers. Je connaissais cette partition. Elle me parlait . Je fis un pas , puis un second. Mes jambes se faisaient de plus en plus lourdes. J'étais comme guidé , comme attiré par cette mélodie tranquille et sereine. Plus j'avançais , plus j'écoutais. Plus j'appréciais , plus ce mystère devenait clair. Ce que j'entendais , à l'instant , n'était autre qu'une composition de mon répertoire , l'ouverture en Fa mineur de mon requiem. Tout devient plus précis , plus net , lorsqu'une voix prononça ces vers :

" Ainsi fleurissent les fleurs du Mal
qui comme ce triste récital
germent dans les esprits impies ,
sous la froide lueure de la nuit .

Il n'y avait nul doute. Il s'agissait bien de mes mots , joués au son de ma harpe. Pourtant celle ci se trouvait attachée dans mon dos. Je m'orientais à l'oreille. Je tournais la tête en direction de la source de cette symphonie. Et tel le chat sur sa proie , mon regard tomba dessus. Il se tenait accoler à une stalagmites. Il avait un visage identique au mien. Même stature , même corpulence , j'étais en présence de mon propre reflet. Je me trouvais face à mon alter-ego. Il pinça une dernière fois les cordes de son instrument. L'écho de cette note finale résonna un temps dans la pénombre , puis finit par se perdre dans le néant.
Avec un timbre de voix similaire au mien , il me dit cela :

"Sois le bienvenu Orphée .Tu sais ce que l'on dit ... Les Enfers sont pavés de bonnes intentions. Jour après jour , minute après minute , dans chacun de nos actes , par chacune de nos pensées , nous pavons notre enfer , comme nous creusons notre propre tombe. Ceci est inévitable. Poussière , nous sommes. Poussière , nous resterons. Les champs Elysées sont l'apanage des Dieux. Ainsi mourir équivaudrait à revenir à notre état premier , à retourner à la divinité primitive , au créateur originel dont parle la légende... Orphée ... Tu connais bien ce vieux mythe ?
À l'écoute de ces paroles , je me rememorais cette antique histoire . Au premier âge , à l'origine des temps mythologique perdurait l'Unique , l'Éternel , le tout puissant Chaos , le béant insondable , le néant immuable , le vide absolu , qui d'un simple battement de cil engendra Gaïa , Erebe , Nyx , puis Tartare , Ouranos et Pontons . Les récits des poètes divergent s'égarent dans les faits et gestes des Olympiens et des nymphes , se perdent dans conflits entre les Titans les Géants et la Trinité . Tous oublient de conter ce qu'il advient de Chaos. Le grand prêtre d'Eleusis me raconta que , suite à la genèse , Chaos se fit l'ombre de son petit-fils , le plus fort de ces descendants , le fameux Chronos. L'épilogue , lui ,est connu. Aux termes des guerres titanesques , afin de régner en autocrate , Zeus  ,ingrat et arrogant , enferma Chronos Atlas et tout les autres dans les confins du Tartare . Chaos fut donc lui aussi évincé de l'Olympe emprisonné pour toujours dans les Abysses sans fin dans les tréfonds des Enfers.
Alors que je me rappelais ces souvenirs , mon double avait repris son concerto. Il me fixa du regard et m'adressa ces paroles :

Orphée ... Je lis dans tes pensées comme dans un livre ouvert... N'ai de craintes ! ... Tu n'auras pas à affronter sa Majesté Chaos. Ce serait une entreprise aussi ridicule qu'inutile empreinte d'une folie furieuse. Personne , pas même Zeus, ne peut quoique ce soit contre lui. C'est d'ailleurs pourquoi , il fut condamné ici bas. Par contre tu vas avoir à te battre contre toi même. Ceci est la raison de ma présence. Je vais te faire l'honneur de t'interpreter ton requiem.
Aussitôt , il pinça une corde de sa Lyre . Mes forces l'abandonnèrent. J'étais sur le point de m'endormir . Hypnotisé , je me sentais comme gagner par un profond sommeil. J'avais conçu cette mélopee démoniaque afin d'envouter quiconque l'entendrait.Ma stratégie se retournait contre moi. Je ne pouvais plus bouger. J'étais paralysé. Subitement , les cordes de l'instrument s'animerent d'elles mêmes. Elles s'allongèrent , s'etirerent et jaillirent dans ma direction.Elles m'attrapperentà la taille , aux poignés et aux chevilles. Je n'étais plus qu'un pantin , une marionnette , pieds et mains liés à la merci de mon ennemi. C'est alors que tout bascula. L'action se mua se transforma en une scène d'horreur et d'épouvante. La musique s'arrêta. Mon alter-ego disparu en un éclair comme s'il ne s'agissait en fait que d'une illusion. Son image devînt flou , puis se dissipa et finit par disparaître complètement. Je perdais connaissance.
Lorsque je revins à moi. Je n'étais plus enchaîné mais totalement ligoté jusqu'au cou. J'étais suspendu par les pieds la tête dans le vide. Je me balançais doucement au dessus d'un précipice sans fond. Mon corps était recouvert d'une sorte de fin filament , aussi doux que résistant , une sorte de soie. Comme momifié , je ressemblais à ces crysallides de papillons au moment de leur métamorphose à un gros cocon. Je tournais les yeux de gauche à droite , de bas en haut. D'autres cocons tanguaient ainsi dans le Grand Rien , juste retenu par cette soie. Elle dormait un réseau complexe , fait de trame et de maillons , tel un filet de pêche ou plutôt tel une toile d'araignée. Un sentiment de terreur commença à me gagner. Si ce piège avait des dimensions monstrueuses, l'insecte qui l'avait tissé devait être immense.Elle ne se fit d'ailleurs guère attendre. En cherchant à me dégager , je remuai un bras. Les mailles de soie se tendirent puis frémirent. Je venais de faire une énorme erreur.
Un mouvement se fit dans l'obscurité. Une forme gigantesque se dessina dans le noir. Plusieures lueures rouges apparurent. Puis , une après l'autre de très longues pattes velues sortirent des ténèbres. Son abdomen sombre était digne de mes pires cauchemars. Ce que je redoutais le plus se rapprochait de moi dans un silence de mort. Cette araignée géante allait me dévorer vivant. En proie à une panique frénétique , je tentais de me débattre. Mais rien n'y fit. Mes pensées s'entrechoquaient . Je ne voyais pas de solution à cette situation tragique.Je concentrais ma cosmo-energie. Ma chaleur corporelle augmenta très vite. Ma aura se mit à briller , à scintiller , à illuminer l'antre du monstre. La température monta. J'intensifiais mon effort. L'arachnide n'étais plus très loin. Il se mit à faire chaud dans c'est cavité jusqu'alors fraîche et humide. Je poussais ma cosmo-energie dans ces limites. J'en étais saturé. Mon sang se mit à bouillir dans mes veines. Mes liens se mirent à fumer.
La bête était , maintenant , au dessus de moi . Ces pattes s'apprêtaient à me manipuler tel un pauvre bout de viande. En vue de faire de moi leur festin , ses mandibules gluantes , sa gueule béante , m'attendaient , impatiente. Ses yeux , rouges tel le sang , luisants , son regard affamé me guettaient. Dans un ultime effort , je poussais ma cosmo-energie au point de non retour. Elle s'écroula sur elle même tel une étoile à l'agonie . Elle implosa . Mes liens de soie prirent feu . Tout la toile s'embrasa . La grotte de transforma en une fournaise . L' araignée et moi-même devînrent des torches vivantes. Le piège céda. Nous tombames dans les Abysses. Ma chute fut interminable . Le temps s'écoula doucement jusqu'à ce que je distingue une lumière . C'était la fin. J'allais mourir.
Quand , je repris mes esprits , je me tenais debout , sain et sauf . J'étais à l'entrée de la grotte . Le jour se levait. Tout ceci n'avait été en fin de compte qu'un rêve éveillé . Je sorti du tunnel . Le soleil caressa mon visage . Un air vif m'insuffla une nouvelle vie .
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